Celle qui rit (-> "L'Amant")


J'aime celle qui rit à en crever quand on lui dit « je t'aime ».

Elle sait les mots comme des fessées.

Ça claque, ça chauffe et le picotement qui s’évanouit.

Alors elle rit.

Elle rit toute gorge déployée, car elle aime cette chaleur, car elle aime ce picotement qui hier la fit pleurer parce que l'amour s'évanouit lui aussi.

Aujourd'hui, elle rit du bonheur à le voir naître pour disparaître. Elle rit, car elle est heureuse de l'éphémère et de l'amitié qui reste et dure.

Elle rit d'elle-même et non de moi.

Elle rit de la tarée domestiquée qu'elle a tuée. Elle rit de la frigide desséchée qui avait mis à mort l'amour dans les crédits et le travail. Elle rit du non moins taré qui la quitta pour refaire des crédits et refaire des enfants, avec une moins vieille tout aussi tarée qu'elle le fut elle-même.

Elle rit et ne s'arrête plus.

Elle rit de ce corps retrouvé. Elle rit d'avoir pu le juger vieillissant alors qu'il était bourré de vie. Elle rit d'avoir si souvent dit que « les hommes ne pensent qu'à ça » depuis qu'elle sait que les hommes ne pensent pas autrement que les femmes.

Hommes et femmes : « Toutes des salopes ! »

Elle rit à vous en décrocher le soleil et les étoiles.

Elle rit de cette époque révolue où le tribunal des mégères policières la terrorisait. Elle rit de cette époque révolue où la pudeur la mutilait. Elle rit des vilaines concurrences féminines où la méchanceté tire des litres de larme pour faire respecter les droits et hiérarchies entre femelles.

Elle rit d'avoir eu en horreur le mot « salope ».

Elle rit à vous fracasser les astres. Elle rit de cette bêtise conjugale où il faut montrer que nous sommes contentes, satisfaites, épanouies, investies... blablabla...

Elle rit de cette pauvreté sans nom où le conjoint est un poids, où elle était aussi un poids, où la désillusion et le devoir sexuel sont le pain quotidien d'une mort absolue. Elle rit de se savoir si avide qu'un seul homme ne lui suffit plus.

Elle rit de ce rire indestructible, puissant et heureux qui scandalise les braves gens.

Elle rit de bonheur devant la tendresse et les désirs de ses amants. Elle rit des jeunes filles qui racolent un bon parti en remuant du cul tout en l'appelant : « la vieille pute ».

Elle rit d'être en paix lorsqu'elle retrouve son lit à elle. Elle rit de sa gourmandise quand elle va jouer pour l'après-midi ou pour une nuit avec celui qu'elle veut entre ses cuisses.

Elle rit à cheval sur sa monture, une verge droite dans son cul. Puis elle embrasse son amant en prenant ses joues entre ses mains.

Son sexe fond. Du sperme s'échappe de son cul où elle veut conserver ce qui y loge.

Elle l'embrasse, puis le regarde. Puis elle murmure en toute conscience, en toute sincérité : « Je t'aime moi aussi... »

Printemps-été 2011.

Joseph Kacem - Extrait de "L'amant"


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