Massacre! (in "Sangs mêlés ni regrets")


Massacre!

Extrait de "Sangs mêlés ni regrets", Simorgh du Gard, avril 2017

Aux émeutiers du Printemps 2016.

On s'est tourné autour, on s'est interdit

Et puis c'est venu quand même.

L'air de rien, sans même s'y attendre,

C'est venu.

C'était gentil, juste une nuit,

Juste un matin et un câlin,

Un petit crachin de bonheur prohibé.

Et puis ce fut le déluge.

Déluge d'un nous avide

Aux désirs catastrophiques

Qui balaie tout sur son passage

Mais fait pleurer ceux qui nous perdent.

On s'est aimé comme on se révolte :

En niant les habitudes,

En pataugeant dans les cadavres décomposés de nos hiers,

En dissimulant nos visages au reste du monde.

La colère et l'enthousiasme, tout se mélange.

La nausée qui sature l'âme à en briser les vitrines

Et la peur ! - La peur,

Gigantesque et massive.

Ce regret qui ne vient plus...

Cette rage qui taille les chairs...

Puis vient le son de ta voix,

De mon pourquoi.

Alors, immonde et beau à la fois,

Je m'empare de mes mots

Pour les lancer à l'assaut d'un monde

Trop étroit pour toi, pour moi, pour eux.

Ma lune de jour,

Soleil nocturne,

De nos paupières coulent des scalpels

Qui autopsient notre présent.

Maintenant, une pluie de condamnations

Inonde les journaux comme nous inondions les boulevards ;

Les caniveaux débordent de larmes, de plaies, de taule...

Frappe ! Frappe ! Aime aussi...

Massacre !

Massacre de juin dans les rues,

Massacre de l'âme et des artères

Dans nos corps à corps amoureux...

Guerre larvaire et hésitante ;

Jets de lèvres et de grenades ;

Les émeutiers courent au combat,

Puis ils refluent vers autrefois ;

Vers l'autre chose, vers l'ancien monde ;

Vers ce qui est sûr, mais se fissure.

Les coups de matraques pleuvent sur l'aventure,

Mais l'aventure n'abdique rien !

Les craintes s'effacent, le doute grandit.

Poings dressés comme des sexes enracinés dans le ciel.

Doigts emmêlés lorsque l'orgasme,

Lorsque l'amour, lorsque la rage à vivre s'imposent.

Les gueules cassés, les corps bleuis,

Et ce charnier du quotidien qu'ils osent appeler la vie.

Les flics sont dans chacun de nos étages

Où ils massacrent à tour de bras...

Tout se mélange et se confirme :

On ne négocie rien avec le présent

Lorsque nous avons faim de l'avenir.

Cours petit flic, sauve-toi de nos étages. Aujourd'hui : la maison brûle !

De toi à eux, de moi à nous,

De toi à moi, de nous à eux,

Il s'agit de se jeter dans la cohue

Sans nous soucier de la réplique.

De l'âme au corps,

Des corps aux coups,

Il s'agit d'abattre les craintes

Qui paralysent, anesthésient : nous abrutissent.

Ma lune de jour,

Soleil nocturne ;

Nos barricades lapident les matons

Qui gardent sous clefs notre futur.

J'ose timidement l'invitation du bout des yeux,

Du bout des mains ou bien des mots,

Mais comprends bien, ma Lune de jour,

Que ce massacre c'est le courage face au présent.

Ma lune de jour,

Soleil nocturne ;

Rappelle-toi ce massacre dans l'avenir,

Car c'est le prix de la vie, de l'amour, de demain.

Joseph Kacem, printemps-été 2016.


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